CONCEPTION : discographie complète (ou presque)

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Everflow
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Message par Everflow » 19 déc. 2018, 22:58

Une petite rétrospective pour fêter la reformation! :dance:
Car CONCEPTION restera pour moi LE fer de lance du (heavy) metal progressif européen du début des années 90, avec le STRATOVARIUS pré-Episode, les 2 groupes étant d'ailleurs signés sur le même label T&T (Noise Records) à l'époque.

La carrière des norvégiens fut plus courte mais riche. Avant que Tore Otsby ne fonde ARK et que Roy Khan ne soit recruté par KAMELOT, les 2 compères se sont illustrés dans un heavy metal progressif classieux différent d'album en album, au point qu'il ne reste plus grand chose qui relie le premier et le dernier opus sinon l'originalité.


The Last Sunset (1991)

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Ce premier album en apparence d'approche heavy metal classique est desservi par un son très rêche et des compos pas complètement abouties, mais il dévoile une direction plus sombre et énigmatique que la scène américaine. Par exemple ces passages flamenco rafraîchissants en intro ou en interlude, on sent que Tore Otsby a des influences diverses bien au-delà du rock/metal. C'est d'autant plus inédit que c'est le seul album de Conception à afficher cette particularité.
Pour le reste c'est un album plein de ressources intéressantes prises séparément, par exemple le doom lancinant de "Bowed Down with Sorrow" qui serait aujourd'hui inenvisageable dans un genre prog metal devenu bourré de codes. "Live to Survive" est plus proche de Judas Priest qu'autre chose.
Malheureusement toutes ces idées ne sont pas toujours bien exploitées et mises en valeur, avec une impression générale un peu décousue d'un groupe qui se cherche. Le meilleur exemple est "Among the Gods" qui alterne flamenco, heavy metal et néoclassique de manière abrupte, sans trop s'encombrer de transitions. OK sur le papier ça sonne 100% progressif dans l'esprit, et ces différents aspects sont sympathiques en soi, mais dans les faits les enchaînements sonnent parfois un peu forcés, et les plans allongés inutilement.
Roy Khan a déjà une certaine classe et des idées vocales réussies, mais son chant reste encore sous-développé par rapport à ce qu'il deviendra plus tard. Si ce ce n'est donc pas une totale réussite, on notera l'originalité et surtout l'énorme potentiel dévoilé sur ce premier essai, loin de toute copie d'un groupe existant.
6/10

Parallel Minds (1993)

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Conception trouve ici sa voie, beaucoup plus efficace, mature et mélodique que sur le précédent album. La production a également fait un bon en avant, tout comme Roy Khan très impressionnant de bout en bout. Ce dernier manque encore un poil d'ampleur sur le plan émotionnel, mais il ne sera plus jamais aussi flamboyant qu'ici où sa performance tient la comparaison avec le Geoff Tate des grandes années. Ouaip, rien que ça.
La section rythmique tient la route, mais c'est encore et toujours Tore Osby qui brille par la finesse de son jeu varié et précis aux riffs acérés. Une bonne partie des titres sont des cartons immédiats et proposent de bonnes séances de headbanguing ("Water Confines", "Roll the Fire", "Parallel Minds", "Wolf's Lair", "My Decision"), d'autres plus subtils et moins évidents nécessitent plusieurs écoutes ("Silver Shine", "Soliloquy"), enfin "Silent Crying" ressemble à s'y méprendre aux futures douceurs proposées par Kamelot.
Les proggeurs purs et durs en revanche resteront peut-être sur leur faim, quoique "Soliloquy" respecte la règle non-écrite qui veut que le morceau de fin soit le plus contrasté et alambiqué du lot.
Tout n'est pas parfait et comme sur le précédent les enchaînements sont un peu biscornus parfois, mais ça reste l'album de Conception le plus accrocheur, tout en restant varié et éminemment personnel. Un classique du metal scandinave et des années 90.
8,5/10

In Your Multitude (1995)

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Voici l'album le plus progressif du groupe, à 99% jusque dans sa pochette. Avec en outre ce son de guitare incroyablement massif qui enterre celui de ses concurrents de l'époque. La recette de départ est celle de Parallel Minds, en plus atmosphérique, plus complexe et agrémentée d'expérimentations diverses, cf ce "Million Gods" à tiroirs avec ses passages schizophréniques, sans oublier le très (trop?) furtif retour de la touche flamenco.
Chaque musicien atteint son sommet sur cet album, même si on peut dire que le groupe tourne toujours autour du duo d'esthètes Otsby et Khan dont le niveau de raffinement et d'émotion ici leur assurent une place au panthéon du genre. Les paroles sont également les plus ambitieuses et profondes de leur carrière, tout est soigné à l'extrême.
Le groupe a tout de même un tantinet perdu en mélodie et majesté en voulant aussi bien faire, les moments de bravoure épiques sont moins nombreux, mais cela continue de faire mouche sur "Under a Mourning Star", "Missionary Man", "Retrospect", ou encore "Carnal Comprehension".
Sans être le plus accessible, c'est objectivement leur opus le plus travaillé, dense et iconique, à ce titre il doit être connu et reconnu. Encore un classique du metal progressif.
8/10

Flow (1997)

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L'album de la discorde. L'approche est tellement différente des précédents qu'il ne laisse pas indifférent : son très moderne voire futuriste, ambiances influencées par la vague industrielle de l'époque, rythmiques plus mécaniques, compos raccourcies, arrangements discrets et touches progressives revues, performances plutôt sobres, etc. Il est donc parfois ignoré des fans de prog mais ironiquement ça reste le préféré des membres du groupe!
Car en prenant le temps d'aller au-delà des apparences, cet album est totalement unique, classe et élégant quand la sauce prend, sans aucune note superflue avec des compositions subtiles et chargées d'atmosphère comme l’envoûtant "Gethsemane", le sensuel "Angel", ou les plus catchy "Flow" et "Cardinal Sin". Le bonus jap "Hand on Heart" fait partie des meilleurs.
La recette ne marche pourtant pas à chaque fois, il faut reconnaître que sur quelques titres l'expérimentation tombe à plat ("Tell Me When I'm Gone" lourdingue, "Virtual Lovestory" aux effets vocaux irritants), ainsi que la présence superflue d'une des 2 ballades proposées.
En l'état l'album a parfois les défauts de ses qualités (l'audace), mais c'est précisément pour cela qu'il fut en avance sur son temps, assumant une singularité en dehors des sentiers battus qui mérite d'être appréciée à sa juste valeur.
8/10

+ un nouvel EP cette année donc... vivement l'album.


I'm the lost one chasing colors to the sun
Colors bleed but never fade